Lausanne, une ville qui a changé de colline
Peu de villes peuvent dire précisément où elles étaient avant d'être là où elles sont. Lausanne le peut. Elle a commencé au bord de l'eau, dans la plaine de Vidy, puis elle est montée sur une colline pour se mettre à l'abri, et elle a passé les quinze siècles suivants à redescendre lentement vers le lac. Toute la ville actuelle — ses pentes, ses ponts, ses ascenseurs, son métro qui grimpe — découle de ce mouvement.
Lousonna, la ville d'en bas
À l'époque romaine, l'agglomération se trouve dans la plaine de Vidy, au bord du lac : un vicus portuaire nommé Lousonna, installé sur la voie qui relie l'Italie au Rhin par le Grand-Saint-Bernard. On y trouve un forum, des temples, des quartiers d'habitation et d'artisanat. Le site est aujourd'hui l'un des ensembles archéologiques les mieux documentés de Suisse romande, et il est visible sur place.
C'est une ville de plaine, tournée vers le trafic et vers l'eau — exactement l'inverse de ce que Lausanne deviendra.
La montée sur la colline
À la fin de l'Antiquité, l'insécurité des routes pousse la population à quitter la plaine pour la hauteur. L'habitat se déplace sur la colline de la Cité, plus facile à défendre, et le siège épiscopal s'y installe. Ce déplacement fonde la géographie lausannoise : une ville haute religieuse et administrative, une ville basse marchande, et entre les deux des pentes que l'on passera mille ans à franchir.
La ville épiscopale
Au Moyen Âge, Lausanne est une ville d'évêque, étape sur les chemins de pèlerinage, et un centre régional de foires. Sa cathédrale, chef-d'œuvre du gothique, est consacrée en 1275 en présence du pape Grégoire X et de l'empereur Rodolphe de Habsbourg — l'un des grands événements européens du siècle dans la région.
Le guet de la cathédrale, qui crie les heures de la nuit depuis le beffroi, est l'un des derniers en activité en Europe : c'est la trace vivante de cette période.
Berne, la Réforme, puis le canton
En 1536, les troupes bernoises conquièrent le Pays de Vaud. La Réforme est imposée, l'évêché disparaît, et Lausanne devient pour près de trois siècles une ville sujette, administrée depuis Berne. Une académie y est fondée pour former les pasteurs — l'ancêtre de l'université actuelle.
La rupture vient en 1803 : le canton de Vaud est créé et Lausanne en devient le chef-lieu. La ville cesse d'être une place provinciale pour devenir une capitale, avec les institutions, l'administration et la croissance qui vont avec.
Le XIXe siècle : combler les vallons, atteindre le lac
C'est le siècle qui donne à Lausanne sa forme actuelle, et il le fait par des travaux considérables. Pour relier les collines, on jette des ponts par-dessus les vallons — puis on comble ces vallons. Le Flon, ancien torrent et fond de vallée industriel, devient un quartier d'entrepôts desservi par une voie ferrée propre.
L'arrivée du chemin de fer, au milieu du siècle, place Lausanne sur le réseau européen. Et en 1877 s'ouvre le funiculaire Lausanne–Ouchy, que les Lausannois appelleront longtemps « la Ficelle » : pour la première fois, la ville haute et le port sont reliés par autre chose qu'une montée à pied. Ouchy, jusque-là village de pêcheurs, devient une adresse — hôtels, quais plantés, promenade.
C'est de cette période que datent une grande partie des immeubles de rapport du centre et des coteaux, dont l'entretien constitue aujourd'hui l'essentiel des questions traitées sur notre page PPE et charges.
Le XXe siècle : la ville internationale
Trois décisions, prises à des moments très différents, font de Lausanne autre chose qu'un chef-lieu cantonal.
- 1915 : le Comité International Olympique s'installe à Lausanne, à l'initiative de Pierre de Coubertin. La ville deviendra le siège de dizaines de fédérations sportives internationales, et un pôle mondial de la gouvernance du sport.
- 1964 : l'Exposition nationale suisse se tient à Vidy — précisément là où était la ville romaine. Elle laisse des aménagements, des équipements et une transformation durable des rives.
- 1969 : la création de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, à laquelle répond le déménagement de l'université sur le campus de Dorigny. L'ouest de l'agglomération devient un pôle académique de niveau international, et la démographie de la ville change de nature.
Ces trois faits expliquent la population lausannoise d'aujourd'hui : jeune, très internationale, fortement renouvelée chaque année — ce qui structure le marché locatif décrit dans notre guide du dossier de location.
Le tournant contemporain
Deux transformations récentes ont changé la ville dans son usage quotidien.
La première est le Flon. Le quartier d'entrepôts, longtemps à l'abandon, est reconverti à partir des années 1990 en pôle de commerces, de bureaux, de loisirs et de logements. Un fond de vallée industriel est devenu l'un des centres de gravité de la ville.
La seconde est le métro m2, ouvert en 2008. C'est le seul métro de Suisse, et il grimpe de la rive du lac aux hauteurs de la ville sur une pente exceptionnelle pour un métro automatique. Il a fait ce que la ville cherchait à faire depuis le VIe siècle : annuler la pente. Son effet sur la valeur immobilière est mesurable — la distance à pied jusqu'à une station est aujourd'hui l'un des premiers critères de prix, comme l'explique notre comparatif des quartiers.
Ce que l'histoire a laissé sur le terrain
- Une ville à deux niveaux, avec des ponts, des escaliers et des ascenseurs urbains — héritage direct du déménagement sur la colline.
- Un parc bâti du XIXe siècle abondant au centre et sur les coteaux, avec ce que cela implique d'entretien.
- Des rives conquises tardivement, et donc un rapport au lac qui se mérite : à Lausanne, on descend au lac, on n'y habite pas par défaut.
- Une population internationale renouvelée, conséquence des hautes écoles et des institutions sportives.
- Un ouest en transformation permanente, de Vidy à Malley, qui reste la seule réserve de développement de la commune.
C'est cet héritage, autant que la géographie, qui explique la physionomie actuelle du marché — voir notre observatoire du marché lausannois.
Page d'information historique, état en août 2026. Sources : Dictionnaire historique de la Suisse, Archives de la Ville de Lausanne, Musée romain de Lausanne-Vidy, documentation des transports publics de la région lausannoise.
